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La cordillera Real

Ou comment devenir accros à la montagne

sunny -7 °C
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Samedi 19 avril
La Paz - Campo alto Huayana Potosi 5130m

Rendez vous à l'agence. Je fais connaissance avec notre guide... Macario. Decidement, ca doit etre l'equivalent du Robert des Alpes!
Arrive mon compagnon d'ascension. Enfin MA compagnone. C'est Tessa, une belle blonde Australienne. Elle est à La Paz depuis 2 mois, elle doit etre donc habituée à l'altitude.

On s'arrete à El Alto, un quartier sur le plateau qui surplombe La Paz. La vue est magnifique sur la capitale et l'Illimani qui la domine.
J'achete 4L d'eau est quelques chocolats pour l'ascension.

Apres 2h de route, nous arrivons au camp de base à 4700m.
Il nous faudra 2h et demi pour rejoindre dans le brouillard le campo alto, un beau refuge de pierre à 5130m.

Le temps de poser les affaires et je vois Macario partir à l'assaut d'une pente avec des skis. Dommage qu'il chausse du 39..

Nous sommes 11 à tenter le sommet demain matin dont 2 allemands qui le font sans guide et logent en tente. Ils ont 100kg de materiel (c'est que ca pese les cordes et tout le matos d'escalade). Ca doit etre cool d'etre suffisament experimenté pour pouvoir faire un sommet tout seul...

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Vue de La paz depuis El Alto

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Voila le Huayna Potosi!

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En route vers le refuge dans la brume

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Le refuge d'altitude a 5130m

Dimanche 20 avril
Campo alto (5130m) - Sommet Huayana Potosi (6088m) - La Paz

00h30 levé. L'habitude et l'organisation sont là, je connais toutes mes poches. Mais cette fois ci je tente les 3 paires de chaussettes.

1h30, nous fixons les crampons et nous encordons, nous sommes les derniers à partir.
C'est la pleine lune, il n'y a pas un nuage donc pas besoin de frontale.
5m de corde nous séparent les uns des autres, c'est un vrai plaisir de marcher sur la neige.

4h, 1er passage technique: 100m à 45º derriere une creuvasse.
Je n'arrive pas à rechauffer mes mains et ca m'ennerve. Les sur-gands en goretex qu'ils m'ont preté sont trop petit et je n'arrive pas à les enfiler.
Macario ouvre la voie et on le suit. Pas de probleme, mais l'usage du piolet est necessaire.

Je n'en peux plus; Je craque une chaufferette et la glisse dans mes gands.
Et curieusement, ça marche! Domage que je n'ai pas accepté les restes de papa et Daniel, j'aurais pu en mettre dans mes chaussures..

Zut, je viens de réaliser que je n'ai plus mon bonnet. Fait chier, je viens de l'acheter et je ne l'ai porté que 4h...

Le rythme de la cordée est lent mais sans arret. Je fatigue!
(Il me faudrait un dictaphone, j'avais tellement de choses dans la téte et meme pris des resolutions sur le moment, mais j'ai tout oublié. Une fois au sommet j'oublie ces moments difficiles..)

On croise quelques cordées qui redescendent. Abandon ou ils reviennent du sommet?

5h30, nous sommes devant le mur de 200m à 60º qui nous mene au sommet.
Il nous faut de nouveau utiliser le piolet. C'est dur mais nous sommes si proche que nous sommes obligés de continuer. Macario donne le rythme, il suffit de suivre.

6h, nous assistons au leve de soleil au sommet, c'est grandiose!
Panaroma de fou, vu sur l'Illimani, le Sajama et le Parinacota. Macario me montre la Cabeza del condor; ca sera peut etre pour demain...
Il n'y a pas de vent, il ne fait pas froid, c'est le bonheur. Je resterais bien la journee á contempler le paysage.

Helas, il faut redescendre et Macario prepare la descente. Il enfonce une barre d'alu dans la neige et nous assurera de cette facon pour une longueur de corde. Ensuite il nous rejoint, reinstalle le point d'encrage et on continue ainsi de suite.

Quel plaisir de marcher dans la neige, ca a un coté féerique. Et c'est bien plus facile que la pierre ou les scories...
Sur le versant, il y a des traces de ski. Ca doit etre bien grisant de descendre tout ca en ski..

On s'offre une heure de sieste au camp d'altitude et il faut continuer la descente. Il n'y a plus personne ici á part le suedois qui etait avec nous au sommet. C'est que sur les 11 au depart d'hier, nous ne sommes que 3 á etre arrivés au sommet.

La Paz;
Et zut, l'agence chez qui j'avais mis une option m'a trouvé un partenaire de rando. Je ne peux me défiler puisqu'on benificie d'un prix preferenciel le fait d'etre deux. Si je me defausse (et perds mon accompte) j'oblige l'autre personne á rajouter 150$.
Je rechausse donc demain pour 4 jours de treking avec 2 sommets dont un technique.
Les 10h d'aujourd'hui m'ont bien fatigué et j'ai peur de ne pas etre á la hauteur pour les 2 sommets á venir.
J'espere que ca va aller, parceque je ne me sens bon à rien ce soir.

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Equipé au complet. Que ca fait plaisir de rechausser les crampons!

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La pente finale á 60°

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Quel bonheur

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Une cordee en pleine action

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Il n'y a pas á dire, ca vaut l'effort

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L'illimani, maitre des lieux

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Lundi 21 avril
La Paz - Camp de base Condoriri (4630m)

Je suis content, je n'ai pas de courbature. Bon, La Paz a des rues biens pentues mais ne nous emballons pas on vera cet apres midi dans la montagne..

Cette fois ci ce n'est pas un Macario, nous partons avec Julio. Et oui, notre guide est le frere de Macario avec qui nous sommes partis hier, il ne pouvait pas donc pas s'appeler comme lui..
Je fais connaissance de Gregorio, un espagnol qui a fait pas mal de rando notemment dans le Baltoro au pied du K2 au Pakistan. (C'est rajouter dans ma liste)

2h de route et nous arrivons au petit village de Tuni. On decourvre la Cabeza del condor. Un vrai mur de glace! Par contre le Pequeño Alpamayo n'est pas visible.
On reparti le materiel; baudrier, casque et 2 piolets... et nous voila parti pour 3h de marche jusqu'au camp de base.

De plus pret, le sommet est encore plus impressionant. Si les conditions sont ok, Julio veut qu'on demarre par la cabeza. Il est plus haut et plus technique donc il faut vraiment avoir le temps avec nous.
On plante la tente (pour les 3 nuits, les 2 sommets se faisant du meme camp de base); ca me fait plaisir, ca fait tellement longtemps.

Et qui est ce qui arrive? Christiane et Adrian! 2 germanophones rencontrés lors de la traversée de Uyuni! C'est fou de retrouver des tetes connues au milieu de nul part!
Ils sont en tour avec Adolfo Andino pour un trek de 3 jours et ne sont pas content du tout. Le materiel et nul, les guides ont oublié les sardines pour les tentes et ils sont les seuls dans le groupe de 12 à ne pas etre israelien.
J'avais ete voir cette compagnie, et bien je suis bien content de ne pas les avoir choisi.

On prend le repas sous la grele et je prepare mes affaires pour demain.
Julio, secoue notre tente. " vous avez reglé vos crampons?" Et merde, je n'y avais pas pensé. Je ne suis pas encore au point...

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Voila le condor avec pour sommet central la Cabeza (la tete). Beau programme...

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Ca en fait du matos!

Mardi 22 avril
Cabeza del Condor (5648m)

1h reveil! Je commence à avoir pris le rythme...
Petit dej sous les etoiles, les conditions ont l'air d'etre bonnes. Et surprenament, je n'ai pas froid.

2h, on demarre le chemin d'approche. Une belle moraine, stable car toute gelée.
Mais au bout de 2h il faut attaquer la pente et un pierré comme je les aime... Mais je suis en forme et je n'ai pas froid. La cordillera real est protegé du vent par une autre chaine plus haute à la frontiere chilienne, ce qui doit expliqué pourquoi ils ont de meilleurs conditions que pour les sommets plus à l'ouest.
Par contre, Gregorio a l'air d'avoir du mal.

5100m, on chausse les crampons.
Couloir entre la roche avec un mixte caillou/glace. L'eclairage de la lune rend la chose grandiose.
C'est la premiere fois que je prends autant plaisir lors de l'ascension. (à la fois ça ne fait que 3h qu'on a démarré..)

On arrive au glacier. Nous sommes en debut de saison et celui ci est encore recourvert de neige.
Nous nous mettons en cordée et on me donne la derniere position.

Nous sommes au pied de la Cabeza. Ces 2h ont etaient un peu difficile mais Gregorio etant à bout nous avons marqué beaucoup de pauses.

Levé de soleil. J'ai l'impression de réver. Nous avons la falaise devant les yeux. Un long couloir puis la partie delicate: la crete. J'ai l'impression de vivre un Frizon Roche.
Il y en a pour 2h, on va franchir ça!

Gregorio veut arreter. C'est difficile de savoir comment reagir quand on ne connais pas qqun, mais je le pousse. Ca serait dommage qu'il s'arrete si pret du sommet.

On sort le 2eme piolet et on attaque les 100m à 70º du couloir.
La neige est bien gelée donc bien stable. Julio nous assure depuis la crete avec un pieu en alu.
Quel bonheur. Ce n'est pas aussi physique qu'avec Jo sur le glacier Grey, mais vu la distance, il nous faut nous arreter frequement.
Que je suis stupide! Je ne peux resister à prendre des photos et mon gand vient de tomber. Decidement, apres celui envolé au sommet de l'Aconcagua je vais commencer une collection de gands depareillès! Mais cette fois, on devrait pouvoir le recuperer en redescendant. Par contre, je vais avoir froid à la main droite. C'est tres con de ma part mais il y a tellement de photo à faire!

Je n'en reviens pas. Je suis assis sur la crete, une jambe de part et d'autre. Ce sont des images de film que je suis en train de vivre!

Il nous reste les 500m de crete pour atteindre le sommet. Partie plus facile qu'un couloir vous allez dire! C'est ce que je pensais aussi depuis le camp de base.
Mais la crete a la forme d'une vague à cause du vent; pentue coté ouest et verticale voir suspendue dans le vide coté est. Le tout faisant moins d'un metre de large pour une pente allant jusqu'a 70º, heureusement qu'il n'y a pas de vent parceque je ne ferais pas le malin.
Marcher en cordée n'est deffinitivement pas suffisant en terme de securité et nous avançons avec 2 pieux en alu. Un point d'encrage, Julio avance de 60m, enfonce un 2eme pieu, on enleve le notre et le rejoingnons. Ainsi de suite sur 250m.

J'aimerai trop que cette crete ne finisse pas. Je marche comme un funambule au bord d'un precipice de 300m, la vu sur la cordillere est magnifique. Je vis un reve!
C'est de loin le plus beau sommet que j'ai vu.

Arrivés au sommet, Greg me sert dans les bras. Il a vraiment fait preuve de courage pour arriver jusqu'ici.

Je resterais bien ici, je suis tellement bien.
Mais la descente va etre longue car il faut s'assurer de la meme maniere.
Je trouve ça beaucoup plus perieux mais les 4h de descente sont tout de meme tres appreciables, c'est tellement magnifique!

Gregorio me dit une fois en bas que si il avait ete seul il ne serait pas allé au bout. Il a continué pour moi, car nous n'aurions pu le laisser seul et il nous aurait fallu tous redescendre. Je lui suis tres reconnaissant car ça m'aurait bien frustrer de rebrousser chemain.
Par contre il ne veut pas partir demain. Il est ravi d'avoir ete au sommet de celui ci mais ne se sent pas l'energie pour repartir dans 12h.
J'ai beau insister qu'on fera la voie classique, il est trop creuvé.
Je serais donc seul avec Julio pour le Pequeño Alpamayo et on tentera la voie directe. Ca promet d'etre physique!
Il trouve que j'ai un bon rythme donc me propose de partir plus tard demain. Ca sera grasse mat, reveil à 2h...

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Levé de soleil au pied de la paroie

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Levé de soleil sur le Huayna Potosi

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Le couloir d'acces à la crete

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J'ai l'impression de vivre un film de montagne!

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Macario assurant le passage

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Quel bonheur, sommet magnifique.

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Mercredi 23 avril
Pequeño Alpamayo (5370m)

L'heure supplementaire de sommeil, ne fait pas de moi un homme frais. De plus se preparer dans la tente alors que mon voisin dort, ce n'est pas evident.
Qq biscuits et un the chaud et nous quittons le camp. La nuit est belle, il n'y a pas un nuage encore une fois.

Le glacier est bien plus proche que celui d'hier et apres 45min d'approche nous chaussons crampons et nous mettons en cordée.

Belle neige, Julio fait de beaux zigzags qui nous evites toutes les creuvasses. C'est impressionant comment il connait le glacier. Il est impossible de voir et de predire du bas les irregularités du glacier. Et lui nous trace une route parfaite sans jamais avoir besoin de redescendre, contourner ou rebrousser chemin.

A 5h15 nous atteignons le pico Tarija (5300m) et de la nous decouvrons le Pequeño, une belle piramide!
Julio m'explique notre voie, on va emprunter vraiment la directe!

30min plutard, nous voila en fasse du mur sur le bord d'une crevasse. Nous sortons le 2eme piolet et Julio se lance dans la pente. Il a du mal à passer la crevasse, il y a un bon metre de denivelé et en fasse la neige n'est pas assez dur pour prendre apuis. Il deblaye pour trouver de la glace, plante les piolets et passe à la force des bras.

Le jour n'est pas encore levé mais la lune eclaire suffisemment la pente pour prendre conscience du defi. Il y a 190m à 75º à gravir!
60m plus haut, Julio s'est fait une petite plateforme et a enfoncé un pieu. C'est à moi d'y aller. Plus grand que lui je peux poser le pied directement de l'autre coté de la crevasse et attaque la pente.
Les 60m sont fatiguants et il est necessaire de garder les 4 apuis. Sa plateforme est plus que petite, il y a à peine la place pour poser la moitier de mes coques!
Je prends le relais et assure Julio. Mais si celui ci tombe, il chute de 2 fois la longueur entre lui et moi. Je suis content de ne pas monter en tete..

Je rejoins Julio apres la 3eme longueur, le sommet ne devrait plus etre loin.
Et en effet, apres quelques coups de piolet me voici au sommet. J'ai les avant bras et les molets bien contractés, cette heure non stop de grimpe m'a bien fatigué. Mais quel plaisir d'etre au sommet et de voir le chemin parcouru!

Il n'est vraiment pas tard et je propose à Julio de rentrer cet apres midi à La Paz. Je ne suis pas fatigué et ca ne me derange pas de repartir de suite. Ca lui fait une journee de libre avec ca famille plustot que de trainer 24h de plus au camp de base. L'idee l'enchante mais je tiens à ce qu'il contacte Gregorio pour lui demander son avis.

Pour la descente nous empruntons la crete, c'est beaucoup plus sur que le mur.

Il n'est pas 11h et nous sommes de retour au camp. Gregorio a deja demonter la tente, nous nous faisons un bon repas et reprenons le chemin vers La Paz.

Je suis vraiment enchanté de ces 5 jours dans la cordillera Real. J'ai decouvert le plaisir et la beauté des sommets glaciers et je crois que je ne vais plus avoir envie de faire de la pierre..

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Devant le mur de 190m. Julio ouvre la voie.
Je n'ai pas de photo dans l'action. J'avais besoin de mes 4 appuis et je n'avais pas envie de reperdre un gand...

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Au sommet

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Les beaux piolets Black Diamond

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Encore une belle vue sur le Huayna Potosi et l'Illimani

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Le sommet (on percoit notre trace au milieu)

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Devant le Pequeño Alpamayo

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En redescendant au camp de base, la Cabeza del condor est ensoleillée

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Posted by flavienc 15:01 Archived in Bolivia

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